Titre :
La fin des cousines prophétessesAuteur :
Jour/Thème :
1er février/l'annonces des tempêtesFandom :
original - Les Chroniques Des Clairs-ObscursPersonnage/Couple :
Sarah+cour d'HëdyrRating :
RDisclaimer :
à moi !Participation au vote de fin de mois :
nonNotes :
violence explicite.
Ils étaient tous présents. Le roi, installé sur son trône de pierres noires aux veines rouges. Les deux princes, debout de chaque côté. L'intendant, en bas de l'estrade à droite. Les nobles le long du mur gauche. Le peuple sur les bancs, attendant que la cour accepte de recevoir ses demandes. Le premier mage au fond de la salle, tranquillement installé dans l'ombre. Et elle, devant l'estrade, sous le regard inquisiteur de la famille royale, de sa famille.
Elle avait passé la dernière épreuve la veille et elle était désormais mage du royaume, prête à se mettre au service des siens. Les curieux, ceux qui suivaient ce qu'il se passait à la cour étaient venus voir ce qui serait décidé pour elle. La bâtarde royale. La première à atteindre cet âge, la première à être mage dans cette famille, la première à obliger le roi à admettre qu'il l'acceptait parmi eux. Les nobles la dévisageaient avec plus d'amusement. Les rumeurs disaient que la nuit avait été agitée pour eux, faite de paris et autres jeux d'argent au sujet de l'avenir de la jeune femme.
On lui avait expliqué à quoi elle devait s'attendre. Habituellement, même les bâtards obtenaient de grandes responsabilités en atteignant le rang de mage. Mais elle était une femme, et cela compliquait passablement les choses. On ne pouvait pas décemment lui confier une armée, c'était une histoire d'homme. Peut-être serait-elle envoyée dans une grande ville pour enseigner aux futures générations de la noblesse… ou peut-être préfèrerait-on la mettre à l'écart pour qu'elle ne mette pas d'idées indélicates dans les esprits. Quoi qu'il advienne, elle devait accepter et faire ce qu'on lui dirait.
Le roi se leva et ses deux petits-fils se turent. Ils le fixaient, ignorant eux aussi la décision qu'il avait prise. L'homme était âgé, mais pas suffisamment pour expliquer la faiblesse que Sarah vit dans sa démarche. C'était lui-même qui l'avait poussée à suivre l'enseignement pour devenir assassin. Et c'était cet enseignement qui lui valait aujourd'hui de déceler cela dans les quelques pas du grand homme. Elle avait aussi remarqué une légère tension chez le prince cadet, au niveau de la hanche, surement due à une douleur résultant de son altercation de la veille avec son frère. Elle ignorait encore, il y avait quelques minutes, la raison de cet affrontement, mais au vu des regards noirs que lui lançait l'ainé, elle n'eut plus le moindre doute quant au fait qu'elle était le sujet principal de cette querelle. Elle lui répondit par un sourire enjoué qu'il détesta aussitôt, préférant regarder ailleurs.
Le roi s'éclaircit la voix. Le silence tomba aussitôt sur la salle. Sarah resta droite et fière, ne baissant pas la tête. Son attitude arracha un léger sourire au roi, bien heureux qu'elle ait retenu ses conseils, mais fit naitre des murmures parmi les rangs des nobles. Nul doute qu'ils trouvaient ses manières scandaleuses. Sarah n'en avait cure. Elle savait parfaitement que même si elle s'était mise à ramper devant eux, elle n'aurait toujours pas obtenu le moindre mot positif de leur part. Elle était une enfant bâtarde, ils ne pouvaient que la haïr.
- Donc, commença le roi, Sarah, je te nomme responsable des frontières Nord.
Les exclamations et les remarques outrées s'élevèrent dans la salle, provenant de toutes parts. Les princes semblaient sidérés, l'intendant s'en était rassis et la noblesse était aussi dispersée et intenable que le peuple. Seul le premier mage restait immobile et silencieux tandis que le roi regardait l'agitation qu'il avait crée avec amusement.
Les frontières Nord était un endroit rude et dur. Mais cela signifiait qu'il mettait les Chevaliers du Vent et les Gardiens des Ombres à son service et ce n'était pas rien. Seuls les plus grands mages guerriers pouvaient espérer obtenir une telle place et seulement après des années de service. Sarah allait le remercier et prendre ses fonctions quand elle vit un noble s'avancer pour discuter la décision. Elle décida de le laisser faire. Si le roi avait discuté de sa décision avec le premier mage, elle n'avait rien à perdre, ils avaient déjà envisagé toutes les options.
Mais quand les lourdes portes de la grand-salle s'ouvrirent sur les cousines prophétesses et que le silence se fit à nouveau, glacial cette fois, elle déchanta. Elle détestait les cousines rousses. D'abord, elle trouvait anormal qu'elles se ressemblent comme des jumelles alors qu'elles n'étaient pas sœurs. Et tout le monde leur accordait bien trop d'importance à son gout. Depuis le jour de son arrivée à la cour, elles n'avaient pas eu de cesse de lui pourrir la vie avec leurs prophéties nébuleuses. Et bien sûr, la légende disait que celui ou celle qui oserait porter la main sur elles serait aussitôt frappé par la foudre. Sarah soupira. Maintenant, elle n'était plus sure que d'une chose : la journée allait mal finir.
Les deux femmes approchaient tranquillement de l'estrade. Elle riait silencieusement. Le roi leur ordonna de parler si elles avaient quelque chose à dire. Et l'une après l'autre, un mot dit par l'une et le suivant dit par l'autre, elles récitèrent une prophétie de plus.
Prenez garde ; habitants de cette période damnée ;
Car cet enfant béni n’est pour vous que détresse.
Sa présence ne fera qu’aggraver vos cicatrices,
Ce monstre ne fera que rouvrir les vieilles plaies mal soignées.
De nombreux désastres, sa venue sera annonciatrice.
Alors viendra ce démon…
Car cet enfant béni n’est pour vous que détresse.
Sa présence ne fera qu’aggraver vos cicatrices,
Ce monstre ne fera que rouvrir les vieilles plaies mal soignées.
De nombreux désastres, sa venue sera annonciatrice.
Alors viendra ce démon…
Elles n'eurent jamais le loisir de terminer. Leurs paroles avaient inquiété les personnes présentes, faisant s'insinuer la méfiance et la peur à l'égard de Sarah dans toutes les veines. Même le premier mage s'était levé pour assister de plus près à la scène. Sarah avait senti son sang bouillir en elle. Les deux prophétesses la faisaient encore passer pour un danger aux yeux de tous. Et pourtant, elle n'avait eu de cesse de leur démontrer qu'ils se trompaient. Et alors qu'elle pensait avoir enfin réglé cette histoire d'enfant démon, il fallait que ces deux dégénérées idolâtrées de tous viennent remettre leur grain de sel là-dedans.
Elle n'avait pas eu conscience d'avoir attrapé sa dague. Elle ne s'était pas vu se précipiter vers elles et leur enfoncer la dague directement dans le cœur. Mais elle avait senti la délicieuse odeur du sang chaud et désormais elle voyait les deux corps sans vie à ses pieds.
Il y eut un moment de flottement. Le roi, les princes et le premier mage la regardaient, hésitant entre soulagement de ne plus avoir à vivre avec les deux prophétesses et horreur du geste que Sarah venait d'avoir en public. Le peuple était terrifié et la noblesse attendait sans doute qu'elle soit foudroyée sur place.
Mais cela n'arriva pas.
Et le grondement du tonnerre résonna à l'extérieur. Lourd, fort et promettant une saison des tempêtes bien violentes.
- L'assemblée est close, annonça calmement le roi. La décision est prise. Nous avons un nouveau guerrier-mage au Nord. Les dieux en soient témoins. Et que quelqu'un fasse le ménage !
Il s'en fut, laissant Sarah devant ses dernières victimes, à regarder le sang couler sur les pavés à se dire qu'il serait difficile d'enlever les traces. Elle sentit le premier mage s'approcher dans son dos. Elle l'entendit rire sourdement.
- Et bien, mon enfant, tu as fait forte impression. Je serais presque fier de mon élève.
(no subject)
Date: 2012-02-03 10:49 am (UTC)(no subject)
Date: 2012-02-03 10:36 pm (UTC)