Titre :
Retour aux sourcesAuteur :
Jour/Thème :
4 Janvier/le vol des valkyriesFandom :
original - Les Chroniques Des Clairs-ObscursPersonnage/Couple :
Muriel, la reine, les vampyresRating :
PG-13Disclaimer :
à moi !Participation au vote de fin de mois :
NonLes maîtres vampyres étaient tous présents. Ils avaient répondu à l'invitation de leur jeune reine, certains pour la tuer, d'autre pour la jauger, et peu pour lui présenter leurs respects. Les êtres millénaires avaient peu à faire d'une vampire de quelques décennies à peine même si celle-ci avait réussi à unifier leur espèce là où tellement d'autres, plus puissants et plus anciens, avaient failli. Elle était une étrangeté au mieux, un insecte désagréable à abattre en général.
Mais ils devaient au moins lui accorder qu'elle savait les accueillir. Tout avait été fait pour eux : demeure luxueuse, mets délicats, présents inestimables. Certains avaient apprécié le geste avec délectation, d'autres avaient à peine noté la chose, trop habitués à vivre ainsi. Mais l'heure des choses sérieuses était venue.
Elle les fixait. Ils avaient tous fait le déplacement. Ponctuels et impeccables. Certains ressemblaient plus à des statues de marbre qu'à des êtres vivants. D'autres dégageaient une chaleur humaine acquise grâce au sang d'humains vivants dans le voisinage. Ils étaient beaux. Les hommes autant que les femmes. Aussi ravissants que dangereux. Seule face à cette assemblée, elle aurait dû se sentir insignifiante, mais elle avait un léger sourire plein d'assurance. Elle allait leur rappeler qu'ils avaient un devoir envers elle, envers leur peuple... envers eux-mêmes.
Elle leur fit signe de s'asseoir et ils le firent dans un même mouvement, comme une seule masse. Ils s'attendaient à entendre sa voix, à chercher les signes de crainte dans son timbre, à percevoir ses hésitations... mais elle resta silencieuse et au lieu de cela, un autre vampire s'avança, un violon à la main. La plupart le connaissaient au moins de nom. Muriel, le musicien maudit. Délicat, filiforme, aux manières parfaites, il était aussi un redoutable chasseur. Mais ce qui le rendait si célèbre, c'était sa musique. Si belle, tellement transperçante que s'il la jouait en présence d'humains, cela se terminait en véritable carnage. Il était responsable de nombreux massacres inexpliqués de l'Histoire de Terra.
Mais les vampyres savaient qu'ils n'avaient rien à craindre. Ils n'étaient pas humains, ils étaient bien plus forts, bien plus résistants mentalement. Tout juste parviendrait-il à leur faire apprécier quelques notes. La reine les détaillait, souriant toujours doucement.
Quand Muriel joua les premières notes de la célèbre Chevauchée des Walkyries de l'opéra de Wagner, ils se rendirent compte de l'erreur de jugement qu'ils avaient commise. Les regards furent un instant surpris avant de mourir, devenant vides et ternes. Le don de Muriel ne laissait en réalité personne indifférent et alors qu'il était plongé dans son art, inconscient de ce qui se passait autour de lui, leurs esprits étaient emportés ailleurs. Ils se sentaient envahis par la musique, leurs esprits créant instinctivement les mélodies des autres instruments absents.
Alduhen, comme tous les autres vampyres présents, se sentait flotter, emporté par une force invisible, par les bras doux et chauds d'une femme. Il se laissa faire, comprenant trop tard que la reine avait mêlé sa magie à l'art de Muriel pour les emmener ailleurs. Les esprits de toute l'assemblée étaient entrainés par les valkyries, fières combattantes chevauchant le ciel, pour les mener vers un monde inconnu, mais qu'ils reconnurent comme le leur. Un monde qu'ils avaient oublié. Un monde qui leur revenait de droit, mais qu'ils avaient délaissé, oubliant les combattants qu'ils étaient.
La reine, portée par son destrier fantomatique, leur rappelait ce qu'ils avaient abandonné. Un monde vivant, à la population variée et ouverte, des terres fertiles, riches et saines, des chasses à l'infini et des mers à dompter. Elle leur montra quel était leur Walhalla. Ils étaient les héros de leur peuple, les plus anciens et plus redoutables guerriers qui fut, mais ils s'étaient vautrés trop longtemps dans la luxure et la complaisance. Elle n'était pas Odin. Elle n'était pas leur dieu. Mais elle leur rappelait sans mot, sans ordre quel était leur monde, leur nature... et elle les rappelait vers elle, leur reine, pour atteindre ce qui leur revenait de droit. Pour ça, pour ce voyage, pour ce spectacle, elle gagnait leur respect et resterait à jamais la guerrière qui prendrait la tête de la chevauchée qui les ramènerait enfin chez eux…