ext_130622: (mélusine)
[identity profile] ylg.livejournal.com posting in [community profile] 31_jours
Titre : Cendrillon de retour des Indes
Auteur : ylg
Jour/Thème : 20 octobre/C'est tout l'effet que ça te fait ? + une toute petite touche de « conte de fées »
Fandom : A Little Princess (Princesse Sarah)
Personnages/Couple : Lavinia Herbert, Sara Crewe – et un OMC juste là pour faire joli
Rating : PG
Warnings éventuels : un petit peu de sadisme ?
Disclaimer : Wiki me dit « Frances Hodgson Burnett » pour la nouvelle puis le roman d'origine (et pour la version animée, je ne sais pas, mais c'était probablement une grosse boîte)
Participation au vote de fin de mois : sans doute pas.

Note : gamma-lecture plus que bienvenue !

***

La vie de Lavinia était toute tracée. Au pensionnat pour jeunes filles jusqu'à ses vingt ans, entretemps ses parents lui trouveraient un époux, le meilleur parti possible, qu'elle rencontrerait une première fois soigneusement arrangée à l'avance lors d'un bal, puis une seconde chez eux, et enfin le contrat serait conclu. Aucune surprise. Aucune marge pour protester.
Il lui ferait quelques semaines à quelques mois de cour bien orchestrée. Leurs fiançailles ensuite dureraient, quoi, six mois, un an ? Leur mariage, en grandes pompes, serait le grand événement de l'année, au moins de la saison mondaine à Londres cette année-là. Il serait suivi d'un voyage de noces en Europe.
Ils auraient ensuite trois enfants, peut-être quatre, espacés de deux à trois ans, puis Monsieur prendrait à n'en pas douter une maîtresse, et tout serait fini pour leur couple dans la sphère privée. Bien sûr, ils entretiendrait toujours des rapports aimables et une bonne entente financière ; aux yeux de la société, tout irait toujours au mieux. Il resterait juste à Lavinia à s'étourdir de vie mondaine en dépensant l'argent de son mari pendant que d'autres éduqueraient ses enfants à sa place. C'était ce qui était prévu depuis toujours. Ne connaissant rien d'autre, pourquoi aurait-elle souhaité autre chose ?


Lavinia ne souffrait aucune rivale. Plus aucune jeune fille dans la bonne société londonienne ne pouvait la surpasser – surtout depuis que cette détestable Sara Crewe avait eu la bonne idée de repartir pour les Indes sitôt sa fortune retrouvée. Bon débarras, qu'elle y reste et qu'elle y meure des mêmes affres que son père !


Depuis la déconvenue terrible de sa jeunesse, d'avoir été évincée par cette petite pimbêche, puis, après le bonheur indicible de l'avoir eue comme femme de chambre, taillable et corvéable à merci (ou presque), et nouveau retournement de situation : l'horreur de la voir lui échappée, plus riche que jamais, Lavinia repensait souvent bien malgré elle à cette fille. Cette Sara Crewe a marqué cette époque de sa vie et le souvenir qu'elle lui a laissé la frustrait.
Depuis, quoi que puissent dire ses parents, ses bonnes, ou n'importe qui d'autre, la jeune fille s'est toujours refusée à porter des diamants. Elle a essayé toutes les pierres précieuses et même semi-précieuses du monde – et la plupart lui allaient à ravir. Elle ne porterait aucune objection à épouser un monsieur travaillant dans le diamant – au contraire même : c'est un marché juteux. Mais elle-même, plus jamais elle ne porterait de diamant. La pensée que ses plus beaux et plus coûteux bijoux puissent sortir des mines de cette intrigante de Crewe la révulsait bien trop !

À part ceci, que le monde regardait peut-être comme une étrange lubie, Lavinia était une Jeune Fille Bien, parfaite jusqu'au bout de ses ongles soigneusement entretenu. Et cette petite excentricité, pour certains, ajouterait même une petite touche de fantaisie à son charme classique. Pour elle qui sortirait très bientôt du pensionnat, nul doute que les prétendants se bousculeraient bientôt au portillon.

*

C'était compter sans le hasard ou le destin ou la Providence, quoi que ce soit. Lavinia et Sir William étaient fiancés depuis quelques mois déjà et la date du mariage était fixée.

Un bal, un de plus. Tout aurait été parfait. Sans...

Une nouvelle venue créait sensation. Élancée, les cheveux très noirs, la peau très blanche. Blanche-Neige ! s'exclama à mi-voix une petite dinde de débutante, quelque part non loin d'elle. Lavinia s'étrangla : le pire, c'était qu'elle avait raison, en un sens. Si l'on se rappelait que la Blanche-Neige du conte avait été martyrisée par sa belle-mère et réduite à effectuer les pires corvées aux château. Elle se rappelait encore de cette histoire pour enfant, de ses toutes premières années au pensionnat. Mais bien sûr, si l'on partait dans cette direction, « Cendrillon » convenait bien mieux à la demoiselle.
Blanche comme neige, alors que le soleil des Indes eût dû brûler sa peau ! Sans la moindre trace de cendre, fraîche comme une rose. Ou un lys. Sara Crewe rayonnait, inopinément de retour et volant la vedette de ce bal.

Même le futur époux de Lavinia la regardait ! Il y avait de quoi : l'extravagance de sa tenue ne siégeait guère dans les couleurs, les volants, les ornements divers, mais dans ses bijoux. Une myriades de minuscules diamants recouvrait sa toilette, étincelant comme des perles de rosée.
D'autres jeunes femmes préféraient étaler leurs richesses en exhibant les diamants les plus gros possibles, elle, du haut de ses – Lavinia calcula rapidement – seize ans ? Seize ans à peine et déjà lancée dans le monde ! Du haut de ses seize ans insolents, Sara Crewe se permettait l'audace de s'entourer de pierres d'une taille tellement modeste à première vue... mais d'une eau très pure, exquisément taillées et assurément de grand prix à bien y regarder.
Lavinia refusait de porter des diamants, mais elle savait tout de même les reconnaître et en apprécier d'un œil juste la qualité.


Impossible d'y couper : on la lui présenta, en bonne est due forme.

« Sir William, Miss Lavinia. Sara Crewe. Elle revient des Indes. »

Que fallait-il dire ?
« Avant de s'en aller aux Indes, elle a été ma femme de chambre ? »

Lavinia considéra un instant cette réplique. Oh, comme elle eût aimé la rabaisser devant toute la bonne société, ruiner ses débuts ! Hélas, il s'en trouverait toujours pour défendre la pauvrette, une âme romantique pour s'horrifier du destin de l'orpheline et s'émouvoir de sa réussite ultérieure. Et à n'en pas douter, c'est sur Lavinia que retomberait le blâme, ensuite, si elle venait à s'en moquer, si cela venait à se savoir...
Et ce fut Sara elle-même qui la tira d'embarras avec un sourire parfait, une intonation parfaite,
« Mais nous nous connaissons. Vous souvenez-vous de moi ? Nous avons été pensionnaires dans le même établissement autrefois. Vous n'avez guère changé, Mademoiselle. Madame ? »

L'ignoble, ignoble petite hypocrite. Et insultante avec cela. Elle avait parfaitement entendu le « Miss ». Elle la traitait de vieille et piétinait son état de fiancée.

Forçant le rictus qui pointait à se transformer en sourire juste à peine condescendant – la chère petite qui s'en revient des Indes, il faut bien lui pardonner de ne pas être au fait de chaque relation de notre bonne société londonienne – Lavinia confirma le « miss » et dû laisser William préciser la nature de leur engagement.

Évidemment, Sara se récria et la félicita même chaleureusement. Lavinia bouillait intérieurement.

Il ne manquerait plus qu'elle n'agisse en parfaite Cendrillon. Cette fichue Sara et ses insupportables rêves de princesse, qu'elle avait et assénait à ses condisciples, étant enfant ! Cela aussi lui revenait en mémoire. Qu'elle se mette en tête de lui offrir avec condescendance quartiers d'oranges et de citrons....
Elle se faisait déjà mousser auprès des meilleurs partis en racontant Les Indes !


Comme de bien entendu, le hasard des vagues mondaines finit par les isoler dans un coin. Voilà que son fiancé la laissait en plan :

« Lavinia, très chère, excusez-moi quelques minutes, j'ai à parler avec Sir... une discussion nécessaire mais pour des oreilles comme les vôtres assurément assommante. Mais, voici cette charmante Sara Crewe qui s'en revient vers nous : profitez-en donc pour échanger vos souvenirs du bon vieux temps pendant que je règle ces affaires. Je ne serai pas long ! »

Le bon vieux temps ! Cette idée les fit grimacer toutes deux. Intérieurement, bien sûr : elles étaient trop bien élevées pour laisser un vilain rictus abîmer leurs beaux visages.

Paternaliste, Sir William sourit ;
« Vous pourrez oublier quelques minutes que vous êtes des dames et retrouver vos souvenirs d'enfants. »

Ni Sara ni Lavinia ne perdirent leur masque calme, froid et digne. Évidemment : à moins que l'une ou l'autre décide de faire scandale en le révélant, personne ne pouvait deviner que leurs retrouvailles ne prêtent pas à la joie. Mais de là à l'indiférrence...

Lavinia rageait. Mais elle ne le manifesta en rien. Elle avait appris à le cacher, tout comme Sara. Excédée pourtant par l'air passif et ennuyé de Sara, elle se réfugia dans l'ironie.

« C'est tout l'effet que ça te fait ? De retrouver ta grande amie ? Tu ne me sautes pas au cou ? »
Derrière son faux sourire, elle sous-entendait, « pour m'étrangler. »

D'une voix détachée, Sara l'informa,
« Je n'ai pas plus envie que toi de l'évoquer, ce temps de chez Miss Minchin. »

Mais elle n'avait pas le choix. Elle avaitelle aussi, son rôle à tenir dans ce bal et ne créerait pas de scandale en boudant ostentatoirement, voire en accusant publiquement une autre demoiselle.

« Tu étais odieuse, Lavinia. »
Elle ne lui ferait pas le plaisir d'avouer, « Tu m'as fait horriblement souffrir. » Elle était trop fière pour cela, bien sûr. Une jeune fille bien devrait se comporter mieux, envers ses pairs comme envers ses inférieurs.

Inférieurs ! Qu'elle retourne donc balayer la cour et récurer les chaudrons !!

Allait-elle en plus lui faire l'affront de la prendre de haut et oser lui jeter, « Mais je t'ai pardonné » ?

Non. Il n'en était rien : le feu qui brûlait dans ses prunelles était sincère. Malgré tout son prêchi-prêcha, la Parfaite Petite Princesse ne pouvait s'empêcher de lui en vouloir, encore et toujours !
Et à constater cela Lavinia sentit quelque chose s'embraser en elle. Ainsi, même en mal, elle avait réussi à la marquer profondément, cette petite effrontée, à lui laisser son souvenir, à faire tomber son masque de petite Sainte Nitouche !

Pour cet instant glorieux, elle supportait tout. Les regards braqués sur elle, la gloire que Sara lui a volée autrefois et lui volait encore ce soir, l'ombre qu'elle lui ferait sans doute encore par la suite, même les regards de son fiancé.

Et elle souhaitait même, ô combien elle souhaitait, revenir à l'époque où Sara était sa bonne, où elle refusait de se soumettre, et lui donnait ainsi une bonne raison pour la battre !
Elle n'a jamais osé en venir à une telle extrémité par le passé. Si aujourd'hui, elle l'avait de nouveau sous la main... combien les choses seraient-elles différentes !

(no subject)

Date: 2008-10-20 08:18 pm (UTC)
From: [identity profile] flo-nelja.livejournal.com
J'aime beaucoup cette ambiance de bals victoriens, les petits détails sur les bijoux,la personnalité de Lavinia... argh, me permettrai-je de dire que la fin est trop abrupte, et qu'on aurait aimé en savoir plus (au moins, jusqu'au moment où Sarah part, ce qui ferait plus une "fin"...)

(no subject)

Date: 2008-10-21 04:28 am (UTC)
From: [identity profile] berylia.livejournal.com
Mon dieu, j'entend la vois de Sarah ! J'ai des hallucinations auditives, quand j'ai lu cette phrase elle est arrivée jusqu'à mon cerveau dite par la doubleuse qui jouait Sarah... « Mais nous nous connaissons. Vous souvenez-vous de moi ? Nous avons été pensionnaires dans le même établissement autrefois. Vous n'avez guère changé, Mademoiselle. Madame ? »

J'aime beaucoup la conclusion sur le fait que ses sentiments ont évolué et que maintenant elle en viendrait bien aux mains, ce qui est plus que louche et suspect de mon point de vue biaisé.

J'avoue que le tutoiement m'a un peu surpris, ou alors c'est la phrase qui m'a décontenancée.

Dans tous les cas, je pense que ça mérite une suite !

(no subject)

Date: 2008-10-21 02:11 pm (UTC)
From: [identity profile] alaiya666.livejournal.com
Très sympathique, et ambiance parfaitement rendue. On s'y croirait!

Et j'avoue que j'aime beaucoup Lavinia dans ce texte. Je ne sais pas si c'était le but ou pas, mais je partage ses sentiments et j'ai plus envie d'être de son côté que de celui de Sara. Et finalement, je suis plutôt contente que le "scandale" n'ait pas lieu.

(oui, j'aime les méchants^^)

(no subject)

Date: 2008-10-21 09:42 pm (UTC)
From: [identity profile] ivrien.livejournal.com
Oooh! Une fic sur A Little Princess!
C'est tellement rare que seulement le fait que tu en aies écrite une m'impressionerait, mais en plus, j'ai beaucoup aimé!

Tu ne peux pas savoir à quel point je suis contente de voir la relation de Lavinia et Sarah. Dans l'adaptation au cinéma, elles se sont quittées en se serrant dans leurs bras, mais ici, elle se détestent, ça parait et c'est génial! :D

Tu m'as donné envie d'en lire plus sur ces deux-là en tant qu'adultes. Si tu en écris une autre je viendrai lire!


(no subject)

Date: 2008-10-22 01:47 pm (UTC)
From: [identity profile] sioban-parker.livejournal.com
Chouette, "Little Princess" !!
Je détestais Lavinia. J'adorais la détester, ce serait plus juste. Et j'adore la détester dans ton texte !
Même si Sarah m'énervait un peu aussi par sa perfection résignée...
Bref.
Merci pour ce petit bijou !

(no subject)

Date: 2008-10-23 07:24 pm (UTC)
From: [identity profile] chibi-usagui.livejournal.com
Formidable ! C'est si rare, du Little princess ! Et je retrouve parfaitement Lavinia dans cette OS. Et Sarah hyper pardonnante, j'ai toujours trouvé ça faux. D'ailleurs, dans le roman, Sarah ne pardonne en fait à personne, ce qui es moins politiquement correct mais réaliste. Encore félicitations ! PS : pour l'animé, c'était Nippon Animation, 1985

(no subject)

Date: 2008-10-29 07:56 am (UTC)
From: [identity profile] petite-dilly.livejournal.com
C'est pour ça que j'adore la scène de l'animé où elle sort ses quatre vérités à Melle Mangin ou ces moments où elle la regarde fixement *-*
J'ai beaucoup aimé ce one-shot sinon :)

Profile

31_jours: (Default)
31 Jours

April 2016

S M T W T F S
      12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930

Most Popular Tags

Expand Cut Tags

No cut tags