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[identity profile] aellane.livejournal.com posting in [community profile] 31_jours
Titre = ??
Auteur : Aélane
Jour/Thème = 2 août / eau (+ original)
Personnages = Bran (le pov), Del & Nel (les deux maraudeurs), T'Lang (évoqué par Bran)
Rating = PG-13
Disclaimer = L'univers comme les personnages sont issus de mon imagination ^^;
Participation au vote de fin de mois = Non




L’eau suintait de toutes les aspérités de la roche, comme si toute la neige accumulée sur les murs et les toitures de Tarb pendant l’hiver avait décidé de se retirer lentement dans les soubassements de la ville pour y mourir. Tant que les couloirs souterrains affleuraient sous les constructions humaines amoncelées sur la colline, l’eau se contentait d'avancer à pas menus sous la glace et le givre. Toutefois, au fur et à mesure que les boyaux obscurs bifurquaient, s’enfonçaient toujours plus loin sous terre, le gel finissait par s’amenuir jusqu’à disparaître complètement au détour d'un tournant : les clapotis de l’eau envahissaient alors le silence gelé des ombres, les dalles disjointes du sol devenaient lisses et traîtres, leurs parois rocailleuses se couvraient de mousses gluantes là où les niches et les puits déversaient leur trop-plein putride.

Les gens avaient beau cracher avec application sur leur gauche avant d’oser pénétrer dans ce monde du dessous, il n’y avait rien de magique là-dedans : la température était simplement plus élevée dans les bas-fonds de Tarb qu’en sa surface, voilà tout. Et cette bénigne exception à la loi générale des profondeurs attirait au plus fort du froid hyémal une faune humaine dont la vie était suffisamment maudite pour ne plus rien avoir à craindre des imprécations ou des maléfices supposés de Ceux d’En-Bas : mâcheurs de feuilles, vieillards, vagabonds, gosses des rues, voleurs en délicatesse avec leur bande voire leur commanditaire, putes dans la dèche, détrousseurs de cadavres, souvent un peu tout de cela à la fois.

Cependant, même ces pauvres hères sur qui la mort étendait déjà son voile ne hantaient jamais bien longtemps ces lieux, enfin leurs premières strates. Ils retournaient crever en surface, mus par Ailinn seul sait quel absurde instinct, puisque de toute façon leurs cadavres redescendraient bien vite se décomposer ici, dans l’une des milliers de niches qui s’égrenaient au fil des couloirs fourmillant sous la ville.

Telle un ironique pendant pierreux aux maisons de bois de Tarb, une cité des morts dormait ainsi sous celle des vivants, bercée au gré de l’eau. Tôt ou tard, tous les morts du pays s’y retrouvaient car on ne creusait pas la terre dans la vallée de Tarb. On ne l’égratignait même pas pour des labours, ce qui interloquait souvent les marchands de l’intérieur ou les comtes qui déboulaient de temps à autre pour gouverner les marches du Nord. Il est vrai que les sols de vallée sont d'ordinaire des plus fertiles, donc défrichés et mis en culture depuis des siècles. Ce n’était pas le cas ici. La forêt elle-même s’y était abstenue d’y croître.

Les vieux aux veillées vous murmuraient en crachant abondamment dans le feu que cela offensait le Vieux de la Montagne, les esprits vengeurs des Monts Maudits ou encore le Leu - bref, Quelqu’un... et le genre dont il valait mieux éviter d’attirer sur soi l’attention. Ils se complaisaient toujours à énumérer les malheurs survenus à ceux qui s’étaient crus capables de passer outre. Un tel avait charrié des monceaux de boue pour n’atteindre qu’une pierre dure comme fer où toutes ses économies s’étaient cassées les dents. Un autre avait déterré une drôle de statue ; le lendemain, maison comme famille s’étaient évanouies dans les flammes. Un père avait vu le fantôme de son enfant le plonger dans la folie jusqu’à ce qu’il l’enterre enfin ici, sous Tarb, dans les catacombes. Un autre encore avait...

Superstitions. A la vérité, le sol herbeux de la vallée était tout bonnement inexploitable : gelé les deux tiers de l’année, boueux le tiers restant. Quant à la forêt, elle restait à observer la ville du haut des contreforts des hauts-plateaux. Elle n’appartenait qu’à elle-même, aux bêtes et aux gavots, pas aux hommes ni à leurs villes, encore moins à leurs sépultures.

Certes, on aurait pu tout aussi bien brûler les corps car ce n’était pas le bois qui manquait dans la région... Mais, comme la décomposition restait rapide en bas, étonnamment rapide - et les rats ou autres bestioles qui arpentaient les catacombes et les cheminées des égouts n’y étaient sans doute pas étrangers, comme l’odeur était peu perceptible en surface, c’était plus pratique, moins fatiguant, moins couteux... En plus, il n’y avait jamais eu d’épidémie notable depuis que perdurait cet arrangement devenu peu à peu une loi inviolable. Que les gens aient toujours préféré recueillir l’eau du ciel, pluie ou neige, dans des citernes nichées aux creux des toits, plutôt que de puiser l’eau sourdant du sol - simple bon sens vu l’état du dit sol, y avait contribué. L’eau terrestre, c’était l’eau des morts, l’eau maudite qu’on l’appelait. On évitait jusqu’à son contact, autant que faire se peut, et ceci dans toute la vallée.

Fadaises. Lui l’avait bue, enfant, dans ces mêmes couloirs, à même la roche, pas qu’il ait eu vraiment le choix en fait. Puis... rien, pas la moindre fièvre, enfin presque pas : il appartenait toujours au monde des vivants et entendait bien y rester cette fois-ci encore, il s’en sortirait - ILS s’en sortiraient tous les deux.

Personne n’exigeait une vie, personne. Il ne devait de sacrifice expiatoire à personne, il était sur son territoire, sur son vieux terrain de jeu : que les morts réclament des sacrifices, un domaine réservé, qu’ils aient des besoins et des désirs, des envies, n’était qu’une preuve supplémentaire de la seule faiblesse des vivants. L’homme préférait encore survivre que mourir et même mort croyait pouvoir survivre encore. Mais les défunts étaient juste des cadavres puants, rien d’autre. Pas lui. Pas T'Lang. Pas encore. Et il n’allait pas mourir, ni aujourd’hui, ni demain, par tous les dieux d’Ailinn ! Nul ne mourrait.

L’ombre tressaillit dans les ténèbres. L’écho d’une voix un peu trop forte se répercutait le long du couloir qu’il remontait à grand pas, tout à ses funestes pensées. Les mots venaient d’une bifurcation plus haut, peut-être, leur son s’était déjà évanoui, ayant à peine duré le temps d’un battement de coeur. Une voix. Deux individus, au minimum. Pas du genre à venir déposer un proche. Car on chantait toujours pour les enterrements, par crainte plus que par piété : on avait beau leur amener l’offrande d’une nouvelle âme, on ne savait jamais, deux précautions valaient mieux qu’une, alors on chantait à plusieurs pour apaiser l’âme des trépassés et on ne parlait pas. D’ailleurs, personne ne descendait si bas en général, ni pour inhumer, ni pour détrousser, encore moins pour se terrer.

Il n’aimait pas du tout la conclusion qui s’imposait à lui tandis qu’il entamait machinalement la filature de ces maraudeurs : ces gens avaient un but précis, ils cherchaient quelque chose ici, et peut-être était-ce lui leur proie. Cependant, qui le cherchait, ici, devait bien avoir un mage avec lui, rien que pour se repérer dans ce dédale - seuls les couloirs des premières strates, celles qu’on utilisait, étaient balisés, enfin, plus ou moins.

Or, il avait besoin, absolument besoin, d’un vrai guérisseur, pas d’un charlatan de la ville basse, mais d’un mage, d'un vrai mage, au plus vite. Qui sait, c'était peut-être tout trouvé... la chance du Leu, on l’avait parfois, le Leu lui-même avait dû en avoir, et il valait mieux ne pas avoir à remonter jusqu’à la ville haute où l'on devait fouiller maison après maison à sa recherche, n’est-ce pas ?...

« Putain de bordel de Sin ! J’aurais sa peau si jamais on le recroise ! Cet endroit pue ! C’est immonde, visqueux... et je ne veux même pas savoir dans quelle chose j’ai failli glisser... arghh je glisse ! Shibboleth ! Et cette sacrée paroi est encore pire que ce sol merdique, et je pèse mes mots, que ce sol à la...

- ...

- Me regarde pas comme ça ! Je jure même pas sur le clan... Tous les dieux et démons qui soient, pitié ! Pitié, Nel, dis-moi que ta sortie est proche, toute toute proche... ou je vais crever là, maintenant tout de suite !

- Bouche-toi le nez. »

(no subject)

Date: 2007-08-03 09:13 am (UTC)
From: [identity profile] flo-nelja.livejournal.com
J'aime beaucoup la description du décor, de toutes les superstitions liées à l'eau, et des souterrains en particulier.

Mais je dois avouer que niveau intrigue, l'interruption est très, très frustrante.

(no subject)

Date: 2007-08-04 11:01 pm (UTC)
From: [identity profile] lily-kohai.livejournal.com
J'aime é-nor-mé-ment ton style d'écriture ♥ Les descriptions sont très évocatrices, l'ambiance bien plantée, et j'avoue avoir un faible pour les expressions réarrangées à la sauce personnelle des mondes originaux, genre "par Ailinn seul sait quel absurde instinct" ^___^"

J'aime beaucoup le principe de la ville aussi, et le fait que tu décrives les superstitions en vigueur pour ensuite expliquer ce qu'il en est réellement, sans que ça casse l'ambiance pour autant. Et aussi les détails, et le déroulement fluide des pensées de Bran... Vraiment, je suis fan ^o^

J'espère que tu posteras une suite d'ici peu, ça m'a l'air très intéressant, tout ça!

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