[identity profile] drakys.livejournal.com posting in [community profile] 31_jours
Titre: La vie des gens dieux riches et célèbres
Auteur: drakys
Jour/Thème: 6 mars/accident
Fandom: original > averlaüs
Personnages: 'ze gods
Rating: PG
Disclaimer: tout à moi! si si, je vous assure. même les conneries.
Participation au vote de fin de mois: non
Notes: fantasy et humour crack. très très très vieux truc. une fic rescapée de 2001 (ça me fait tout bizarre de relire un truc si vieux). averlaüs est le premier monde que j'ai créé dans ma tendre et innocente jeunesse *tousse tousse*, donc il est plutôt basique et même un peu moche, mais bon...


À ton attention, lecteur avisé,

Le récit qui suit comporte des scènes dépeignant notre honorable panthéon divin sous un jour peu flatteur; non pas que nous croyons que cette histoire est véridique ( les dieux nous en préservent! ), mais au fil des siècles, ce pastiche de l'existence divine est devenu une pièce importante du folklore comique de la terre d'Averlaüs.

Bien que notre Bibliothèque se targue de ne publier que les textes dont l'exactitude a été maintes fois prouvée, nous conservons cette petite histoire en mémoire du barde inconnu qui en est l'auteur, dont on nous dit qu'il a péri pétrifié sur place après avoir apposé le point final à son texte.

Étant ainsi averti, lecteur, bonne lecture!

Puisses-tu éviter le courroux des dieux,
Throwillieux Deehnoseaur
Archiviste de la Bibliothèque Royale


***

"BAAAAAAAAAAAAAM!"

La déflagration se répercuta dans tous les plans d'existence de l'Univers connu. Dans le plan inférieur, les mortels de toutes races crurent un instant à la fin du monde, mais en constatant que le soleil n'avait pas arrêté de briller, que le vent soufflait encore et qu'une horde de démons sanguinaires n'avait pas crevé le sol pour venir les dévorer vifs, ils retournèrent vaquer à leurs occupations sans se poser davantage de questions. Dans le plan supérieur, âmes et esprits, fantômes et rôdeurs, de même que l'ensemble des créatures immatérielles qui passaient par là, levèrent le regard vers le plan au-dessus et roulèrent des yeux (ou, du moins, ce qui avait été leurs yeux de leur vivant) dans leurs orbites (cf. commentaire précédent).

Quelques trépassés eurent même l'audace de soupirer "Quelle idiote!" avant de retourner hanter les Plaines de la Mort, l'activité principale de tous ceux de l'au-delà.

Dans le plan divin, Edere sursauta, ses petites lunettes cerclées de fer tombant dans le gros volume relié de cuir qu'il lisait. Il les ramassa, et une fois qu'elles furent convenablement en équilibre sur son nez, il déposa son marque-page entre les pages trois mille six cent douze et trois mille six cent treize de son livre (qui traitait de son sujet favori; la justice).

D'un claquement de doigt (preuve que la magie n'est pas bien difficile pour qui la maîtrise), il se rendit dans les appartements de sa sœur cadette et ne fut guère surpris de constater que son autre divine sœur, Listo, et leur jeune frère, Nachys, y étaient déjà. Tous trois constatèrent, sans surprise aucune, que Aïsha, la déesse de l'Air, de la Magie et de la Beauté avait disparu.

"Encore?!?", s'exclama Nachys avec humeur. "C'est la cinquième fois ce millénaire!"

Listo et Edere opinèrent du chef, pour marquer leur approbation à ce constat très juste. Mais, qu'en avaient-ils à faire, après tout? Nachys aurait bien parié sur le moment du retour de la déesse un tantinet écervelée, mais son frère et sa sœur aînée n'étaient pas tellement joueur (à son grand dépit). Il haussa les épaules et disparut dans une bouffée de flammes sans se préoccuper plus de sa petite imbécile de sœur.
Restés seuls dans le laboratoire vide, le dieu de la Terre et la déesse de l'Eau échangèrent un regard consterné; Edere soupira d'exaspération, Listo secoua la tête d'un air découragé. Le premier se volatilisa dans un tourbillon de gravats, l'autre dans une fine bruine.

Aïsha finirait bien par réapparaître, une fois que les effets de son expérience magique se seraient dissipés. Dans un jour au plus, elle serait certainement revenue et aurait déjà recommencé ses expérimentations magiques.

***

"Oups!", fit une petite voix aiguë.

Aïsha regarda autour d'elle, sans reconnaître l'endroit. Elle claqua des doigts, mais rien ne se produisit.

"Oh! crotte de fourmi alors!"

Elle fouilla dans sa robe blanche et en sortit un parchemin et un stylet. Du bout de la langue, elle humidifia son stylet, un artefact magique qu'elle avait mis au point pour éviter de traîner une plume d'oie et une fiole d'encre, ce qui était nettement moins pratique. Bref, elle humidifia la pointe sèche du petit outil magique et s'appuyant contre l'arbre le plus près, elle écrivit: effet secondaire -- perte des pouvoirs magiques. Elle renifla un bon coup et éternua avant d'ajouter: forte odeur de souffre, note à moi-même; ajouter des pétales de rose. Elle enroula le parchemin et le rangea dans la très utile poche intérieure de sa robe tout usage.

"Bon!", s'exclama-t-elle avec sa bonne humeur indécrottable. "On dirait que je vais devoir marcher!"

Elle se mit en route.

***

Complètement nu, Than'Katalin, le redoutable dieu du Chaos, admirait l'adorable courbure de ses pectoraux dans son miroir de verre poli. Non pas qu'il était narcissique, mais il savait apprécier la vraie beauté: la sienne. Il passa une main en peigne dans ses longs cheveux noirs, puis replaça un poil de travers dans un de ses favoris. Il adressa un clin d'œil coquin à son reflet et se tourna vers son épouse.

"Alors chérie?", demanda-t-il à sa femme. "Comment trouves-tu ton dieu du Chaos favori?"

Sans lever les yeux de sa revue de jardinage, Luana Ilo répondit:

"Tu es très bien mon chéri. Très bien.

— Mais tu n'as même pas regardé!", s'exclama-t-il en faisant une petite moue de dépit.

La déesse de la Lumière s'arracha à la contemplation d'une espèce très rare de gloire du matin pour jeter un coup d'œil à son compagnon. Après une microseconde, ses yeux revinrent au parchemin publicitaire qu'elle tenait entre ses mains, elle tourna une page pour tomber nez à nez avec une variété tout à fait superbe de lys blanc. Elle saisit le bon de commande et en commanda une vingtaine de pieds; les lys seraient une addition merveilleuse à son jardin.

"Tu es parfait mon amour. Parfait."

Than'Katalin soupira et roula des yeux.

Un coup toqué à la porte l'empêcha d'entrer dans un des ses accès de fureur quotidiens (accès aussi régulier que l'effet indiscutable des pruneaux sur l'organisme).

"Entrez!", lança-t-il en faisant apparaître des vêtements seyants sur sa divine personne.

D'un coup d'œil en biais à son miroir, il hocha la tête en appréciant en connaisseur les vêtements moulants noirs qui le couvraient maintenant. Il admira la façon dont le tissu serré mettait en valeur la courbure gracieuse de ses muscles, tout en soulignant à la perfection ses traits, disons-le, parfaits et en faisant ressortir la beauté éblouissante de ses MA-GNI-FI-QUES yeux noirs.

Nachys passa la tête par la porte. Véritable réplique de son père, il ne s'en différenciait que par son âge, ses yeux gris fer, l'absence de favoris et sa propension à s'habiller de façon à faire oublier qu'il était la réplique de son père. Sa large chemise de lin dissimulait la réplique des pectoraux paternels et son pantalon en cuir battu faisait oublier la réplique des cuisses musclées. Des bottes souples complétaient l'ensemble tout en cachant la réplique des mollets solides. En fait, le jeune dieu de la Guerre avait la hantise de paraître gay s'il se mettait à porter des vêtements trop ajustés. Il avait d'ailleurs jeté les chemises noires en soie que son père lui avait données lors de son dernier anniversaire, et ce, dès que le dieu du Chaos avait eu le dos tourné.

"Je vous dérange?

— Non! Pas du tout mon petit chéri!", lança Luana Ilo en fermant précipitamment sa revue, ce qui lui valu un regard noir de la part de son mari. "Qu'est-ce que nous pouvons faire pour toi, mon su-sucre?

— Maman!", s'exclama leur plus jeune fils, levant les yeux au ciel.

"Pardonne-moi… J'ai encore l'impression que tu n'as qu'un siècle ou deux mon amour. Les enfants grandissent si vite!", ajouta-t-elle en poussant un soupir.

Une expression béate d'amour se peignit sur son visage.

"C'est à propos de Aïsha…", commença-t-il.

"QUELLE STUPIDE RACE À-T-ELLE ENCORE CRÉÉE!?!", s'emporta le dieu du Chaos, son visage s'empourprant de colère.

Presque aussitôt, il croisa son reflet et se calma; le rouge cramoisi ne l'avantageait pas du tout. Il respira un bon coup et répéta trois fois dans sa tête "La patience est une vertu et la fureur ne va pas avec mon teint". Une fois revenu à un état d'esprit presque zen, il interrogea son fils.

"Qu'a-t-elle fait encore?

— Elle a disparu il y a une semaine", annonça Nachys. "Et on n'arrive pas à la retrouver.

— C'est une bonne chose, non?", questionna le père.

"Pas tellement, mon amour", déclara Luana Ilo d'un ton docte de madame-je-sais-tout. "Si elle n'est plus à sa place dans le panthéon mon chéri, l'équilibre éternel est rompu. Maintenant, on risque la fin du monde.

— La fin du monde!", s'exclamèrent ensemble le père et le fils.

"Ce que vous pouvez vous ressembler, mes chéris!", s'émerveilla béatement la déesse de la Lumière avec un sourire - on s'en doute - béat.

Than'Katalin jeta un regard fier en direction de son fils préféré (il supportait mal ces trois autres enfants, qu'il trouvait incroyablement accro au bien, ce qu'il considérait comme étant franchement pathétique), mais ce dernier détourna les yeux et ressentit une telle honte qu'il sût qu'elle allait le poursuivre pour au moins le prochain millénaire.

"Mais bref", continua la déesse. "Si on ne la retrouve pas, nous cesserons d'exister dans…"

Elle consulta le sablier sur sa table de chevet et annonça le délai fatal:

"Dans environ..."

***

"Trente jours!"

Listo n'en revenait pas. Elle en développa de nouveaux cheveux gris rien qu'à y penser. Le petit doigt en l'air, elle avala une gorgée de thé vert en essayant de calmer les battements désordonnés de son cœur. Avoir été humaine, elle aurait craint la crise de cœur, mais son état divin la préserva d'un surplus de troubles cardiaques. Comment est-ce qu'un monde vieux de plusieurs millénaires pouvait être si près de sa date de péremption?

"Ils ne nous aideront pas à la retrouver, n'est-ce pas?", demanda Edere, son sens pratique déjà en action.

En tant que fils aîné modèle (du moins, selon sa propre conception du fils aîné modèle), il se targuait d'être le plus intelligent de la famille, qualité dont Listo lui laissait monopole, puisqu'elle savait qu'elle était la plus sage, donc inévitablement la plus modeste. Il remonta sa toge émeraude sur son bras, ajusta ses lunettes sur son nez et prit lui aussi une gorgée de thé, étouffant une grimace de dégoût après avoir trempé ses lèvres dans le breuvage amer.

"Non", confirma Nachys. "Ils disent qu'on avait juste à la surveiller, qu'on est les plus vieux, qu'on est les plus responsables… et patati et patata… Autrement dit, ils veulent pouvoir se décharger de leurs responsabilités sur nous! Pourquoi est-ce que cette idiote est la plus jeune et la plus irresponsable?"

Les trois dieux s'étaient retrouvés autour d'une tasse de thé vert dans la demeure de Listo, où ils s'étaient réunis à la demande du jeune dieu du Feu.

"Il va falloir la retrouver nous-mêmes alors!", soupira Edere, peu intéressé à quitter le confort du plan divin pour arpenter les autres plans à la recherche de la tête vide qui leur tenait lieu de sœur.

Nachys prit une gorgée de thé et fit la grimace.

"C'est moi ou ton thé est tout à fait infect?"

La diplomatie n'était pas la première de ses qualités.

Listo lui lança un regard noir. Elle claqua des doigts et le contenu de la tasse de Nachys se retrouva en train de dégouliner sur sa tête.

"Hey!"

Il allait claquer des doigts pour lui remettre la monnaie de sa pièce quand Edere s'éclaircit la gorge, signe incontestable qu'il était bien près de perdre sa patience légendaire. Son frère arrêta son geste aussitôt et se promit une petite vengeance personnelle dans un futur proche.

"Je crois que nous devrions chacun explorer un plan", suggéra le dieu de la Terre après avoir réfléchi à la question le temps que durent les roses. "Nous pourrions tirer au sort le plan que…"

Il n'eut pas le temps de terminer sa proposition, que la déesse de l'Eau et le dieu du Feu devinaient trop bien.

"Je reste ici!", s'exclama Listo, peu encline à descendre parmi les mortels et encore moins parmi les morts.

"Je prends le plan inférieur!", décida Nachys, qui n'avait pas revu ses dragons depuis longtemps et qui s'ennuyait un peu.

"Bon, je crois que je vais être obligé d'explorer le plan supérieur", marmonna-t-il, plus ou moins enthousiasme à l'idée d'explorer les Plaines de la Mort.

***

"Oups!", fit une petite voix aiguë.

Aïsha se fit dévisager par la troupe de bohémiens.
Elle n'était dans le plan inférieur que depuis une semaine, mais elle avait déjà donné des tendances suicidaires à une licorne centenaire, causé une avalanche dans une montagne aux neiges éternelles en appelant à l'aide, passé à un cheveu d'instaurer une guerre entre un troupeau de centaures et une communauté d'amazones, failli réduire une forêt en cendres en essayant d'allumer un feu de camp, mis en déroute une bande de gobelins en maraude avec ses supposés cris de guerre révolutionnaires, donné des envies de tuer à une tranquille petite veuve quinquagénaire, volé une sucette à un enfant, manqué se faire griller par un dragon irascible, fait tourner un âne sauvage en bourrique...

Mais pour l'instant, elle venait de défaire la barrière de bois qui retenait la douzaine de chevaux des bohémiens et les dits chevaux galopaient maintenant à leur aise vers la liberté.

Le chef de la troupe, après avoir donné quelques ordres à la hâte à ses hommes de mains, se précipita vers Aïsha et lui donna son congé en usant de termes que nous éviterons de reproduire ici, pour ne pas blesser la sensibilité de nos lecteurs.

"Bah!", fit la jeune déesse avec sa bonne humeur permanente. "Ils ont quand même été bien gentils de me donner quelques vêtements et un peu de provisions…"

Elle s'éloigna avec son baluchon à l'épaule et sa bonne humeur dans l'âme.

***

Survolant Fylagg, la région sur laquelle il avait le contrôle, Nachys cherchait sa sœur tout en ruminant mille et une façons de la faire souffrir. Il songea à la satisfaction qu'il aurait s'il avait la chance de la faire tomber en chute libre depuis le plan divin ou de l'enfermer dans les Plaines de la Mort. Il pensa à la joie qu'il éprouverait à la faire frire dans des flammes éternelles qui la brûleraient sans la consumer. Il se sentait déjà empli de contentement à l'idée qu'il la mettrait au pilori et s'amuserait à lui jeter des pierres chauffées. Il jubila intérieurement en échafaudant un nombre incalculable de coups pendables à lui jouer. Il imagina aussi le bonheur qu'il ressentirait si leurs parents la punissaient pour les dix ou vingt prochains siècles. Il ressentit une intense allégresse en pensant que la petite écervelée allait peut-être avoir fauché une pneumonie, la malaria, le tétanos, la tourista ou tout simplement un bon vieux coup de mort.

"Hey crétin!"

Il était tellement pris par ses idées noires qu'il sursauta en entendant le rappel à l'ordre que lui lança Listo. Il faillit tomber en bas de son dragon, ce qui provoqua chez sa sœur un grand éclat de rire, mais il réussit à se rattraper de justesse et à se remettre d'aplomb sur sa selle. Du calme, vieille peau, pensa-t-il en serrant les dents.
"J'ai entendu! Je peux lire dans tes pensées, imbécile!"

C'est ça, alors es-tu capable de lire 'ÉPAISSE' en caractère gras?

"Nachys!"

Elle ne savait pas quoi ajouter; elle était dépassée par l'impertinence de son jeune frère.

Il sourit de sa mini victoire.

"Tu vois quelque chose, Arazel?", questionna-t-il.

Le dragon de cuivre allait répondre quand un nuage de gaz toxique s'échappa de ses naseaux. Pris dans le vent, le nuage se retourna contre lui. Immunisé contre ses propres attaques, le cuivre ne ressentit rien du tout, mais Nachys dut s'aplatir contre l'encolure du dragon pour éviter d'être étouffé. Le nuage toxique se dissipa. Le dragon renifla.

"À tes souhaits mon vieux!

— Désolé, c'est cette fichue grippe draconique…"

Le puissant dragon renâcla et cracha. (Avec un peu de chance, personne ne se trouverait trop près de la zone d'impact du crachat aux dimensions impressionnantes.)

"Une vraie épidémie par les temps qui courent!

— Tu veux te poser?

— Ce n'est pas de refus!"

Le dragon piqua vers le sol et se posa sur une corniche rocheuse dans les monts Araïs. Nachys en profita pour se dégourdir les jambes. Après trois heures de vol, il avait l'impression que ses jambes étaient faites de coton. Il marchait depuis un moment, quand il entendit le dragon se racler la gorge. Il eut à peine le temps de se jeter par terre pour éviter le jet d'acide qui lui passa une main au-dessus de la tête.

"Désolé…", marmonna le dragon.

Nachys se releva, surpris qu'il ne lui manque aucun membre.

"Va falloir que tu soignes ça mon vieux! T'as essayé le jus d'orange au miel?

— Ça marche?

— Ouais, ça marche pour moi…

— Nachys!!!" lança une voix exaspérée dans sa tête. "C'est pas le moment d'échanger des casse grippes, on frôle la fin du monde ici!"

Le dieu de la Guerre roula des yeux, mais remonta docilement en selle pour arpenter Averlaüs.

***

"Oups!", fit une petite voix aiguë.

La liste des bêtises de Aïsha ne faisait décidément que s'allonger. Elle pouvait maintenant se vanter d'avoir épouvanté une famille de hérissons, découragé un marchand d'esclaves de vouloir la vendre à un bon prix par ses commérages incessants, dérouté une bande de mercenaires en affirmant que le comte du coin avait mis leurs têtes à prix, donné certaines incommodations intestinales à un pauvre elfe en lui recommandant d'utiliser un champignon rouge pour donner du goût à son repas, fait fuir tout le poisson d'un petit lac tranquille en chantant (faux)…

Mais, dans le moment présent, elle regardait d'un œil chagriné les dizaines de jolis petits cailloux blancs qui roulaient dans l'herbe. Le gentil nain lui avait permis de les regarder, mais la petite poche de velours lui avait malencontreusement glissée des mains.

"Mes diamants!!!", s'exclama le nain en s'empourprant violemment.

Il se jeta à quatre pattes sur le sol et commença frénétiquement à chercher les pierres précieuses qui semblaient se jouer de lui en se cachant à sa vue.

Aïsha lui jeta un coup d'œil et sourit.

"Vous savez, rouge comme ça, vous ressemblez vraiment à mon père quand il est très très fâché!

— Je plains vraiment ton père, petite sotte!", marmonna le nain dans sa barbe en tentant plutôt en vain de retrouver son bien.

"Vous voulez que je vous aide?", demanda poliment Aïsha.

"NON! SURTOUT PAS!", hurla le nain commerçant en bondissant sur ses pieds et en brandissant son impressionnante hache de guerre. "FILE D'ICI AVANT QUE JE TE HACHE MENU!

— Bon, d'accord alors…", fit la jeune femme en s'éloignant, emportant avec elle sa bonne humeur indélébile.

***

Edere n'eut pas tellement de chance dans ses recherches dans les Plaines de la Mort.

Dans les Plaines de l'Extase, un espèce de Club Med de l'au-delà, il dût se soumettre à une séance d'autographes avec ses nombreux et fidèles admirateurs trépassés. Bien qu'il refusait de l'admettre, ce genre d'adoration qu'on lui vouait lui plaisait tout particulièrement. Il signa de nombreux exemplaires des quelques livres qu'il avait publiés; 'Justice, la juste' et 'L'honorable Honneur' étaient parmi les titres les plus populaires auprès des défunts. On improvisa une conférence de presse, à laquelle il se plia gentiment, voire même avec un peu plus d'empressement que nécessaire. Non pas qu'il était imbu de sa propre personne, mais il appréciait tout particulièrement qu'on souligne l'ampleur de son talent. Repoussant de l'index ses lunettes sur son nez de nombreuses fois, il répondait à chaque question après une période suffisamment courte pour montrer qu'il n'était pas lent d'esprit et suffisamment longue pour montrer qu'il s'intéressait à toutes les interrogations qu'on lui soumettait. L'ensemble de la journée qu'il passa au paradis lui laissa un souvenir plutôt agréable et il se promit de retourner y faire un court séjour dès que l'occasion se présenterait (ou s'il passait à travers une petite déprime).

Durant la deuxième journée de ses recherches, qu'il passa dans les Plaines du Repentir, il se heurta à une bande de bornés intraitables qui refusaient de lui adresser la parole avant qu'il ait promis de les envoyer dans les Plaines de l'Extase d'ici la fin du siècle. Hors, une fois les promesses faites et les supplications commencées, il ne parvint pas à en tirer un seul mot avant d'avoir fait apparaître quelques divertissements spéciaux: des cracheurs de feu (certains repentants couvaient un vilain rhume et réclamaient un peu de chaleur), des jeux de cartes et des dés (la plupart des repentants avaient été des joueurs compulsifs, c'était d'ailleurs ce qui les avait menés dans les Plaines du Repentir). À la fin, on lui déclara unanimement que la déesse de l'Air n'était pas passée par là. C'est à ce moment là qu'Edere eut la forte impression d'avoir été manipulé. Frustré, il se dépêcha de s'en aller avant que quelqu'un ne commente sa naïveté. En sortant du purgatoire, il se promit qu'il ne reviendrait de un, que s'il y était forcé et de deux, que s'il y avait un cas de force majeur.

Dans les Plaines du Chaos il eut un séjour beaucoup plus pénible. En effet, les gens condamnés à passer leur mort en enfer lui en voulaient amèrement de les avoir jugés d'une façon aussi sévère. Beaucoup demandèrent une révision de leur procès, mais Edere se montra intraitable.

"Il fallait y penser pendant que vous étiez encore vivants", se plaisait-il à dire, avec son habituel air supérieur de personne qui croit détenir la vérité ultime. "La mort n'est que le reflet de la vie", ajoutait-il avec un le ton le plus philosophe qu'il pouvait se composer (évidemment, personne n'osait lui dire qu'il avait l'air d'un parfait imbécile avec ses phrases toutes faites).

Même, dès qu'il avait le dos tourné, quelques âmes se permirent de lui jeter des tomates (pourries), des pommes (infestées de vers grouillants) ou des branches de rhubarbe (non pas qu'elles n'étaient plus fraîches, mais il n'y avait pas de sucre dans lequel les tremper). Cette troisième journée de recherche lui parut comme étant la plus déplaisante de toute son existence et il se promit de ne plus jamais (mais alors là JAMAIS!) remettre les pieds dans cet endroit horrible.

***

"Oups!", fit une petite voix aiguë.

Oh non! Cette partie-ci, croyez-moi, vous ne voulez pas l'entendre!

Non. J'ai dit NON! Non c'est NON!!!

Allez-vous arrêtez de me supplier bon sang! J'ai une histoire à finir moi!

***

Dans le plan divin, Listo profitait de ce moment tranquille pour se limer les ongles. Non pas qu'elle était superficielle, mais il n'y avait rien qu'elle appréciait plus qu'un manucure digne de ce nom. Elle se félicita d'avoir choisi d'attendre tranquillement les résultats des recherches pendant que ses frères se tapaient tout le travail. De temps à autre, elle interrompait la contemplation de ses ongles pour lancer une salve d'insultes à Nachys, qui semblait passer plus de temps à prendre des pauses qu'à chercher Aïsha.

Edere finit par apparaître à ses côtés et elle se hâta de faire disparaître lime et polis à ongles.

"Et alors?", interrogea-t-elle.

"J'ai une affreuse migraine et je crois que je me suis foulé un doigt à force de signer des autographes", répondit-il.

Listo roula des yeux. Comment son frère pouvait-il être aussi stupide? Était-ce la caractéristique principale de tous les mâles de sa famille?

"Je parlais pour les recherches!

— Oh. Ça", lâcha platement le dieu de la Terre en se laissant tomber sur une chaise. "Elle n'est pas dans le plan supérieur. Je l'ai cherchée absolument partout et je n'ai trouvé aucune trace d'elle. J'espère que Nachys aura plus de chance, sinon…"

Il ne termina pas sa phrase. Une étrange sensation, qu'il identifia comme étant de la peur, lui parcourut les entrailles.

***

"Oups!", fit une petite voix aiguë.

Après avoir réussi à mettre le feu à une fourmilière (par accident; elle avait utilisé une loupe pour les voir de plus près, mais un rayon de soleil avait fini par provoquer une étincelle…), détruit une relique magique dans un vieux temple en la démontant pour comprendre son fonctionnement, été poursuivie par un troupeau d'hippogriffes en colère parce qu'elle avait essayé de subtiliser un de leurs œufs pour le ramener avec elle dans le plan divin (les bébés hippogriffes sont tellement choux!) et effacé sans le vouloir la seule carte d'un groupe de pèlerins, la déesse de l'Air venait tout juste de commettre sa gaffe la plus récente.

Aïsha sourit au sorcier presque entièrement calciné. Elle se pencha pour ramasser le chapeau pointu du vieil homme et l'épousseta rapidement avant de le lui tendre.

"Je suis désolée, j'ai dû mal calculer le dosage de la fleur de pommier comparativement à l'essence de muguet. Mais croyez-moi, si ça ne fonctionne pas en tant que sortilège, ça fait un excellent parfum!"

Le sorcier lui arracha son chapeau des mains et lui pointa la sortie de sa modeste chaumière, qui était maintenant en aussi piteux état que lui. Aïsha se demanda un peu naïvement pourquoi deux petits filets de fumée sortaient des oreilles du thaumaturge.

"Bon d'accord", fit-elle, se décidant à partir quand le visage du sorcier tourna à une vilaine couleur violette. "Faites bien attention à ces brûlures mon pauvre, je ne voudrais pas que vos plaies s'infectent!"

Elle s'éloigna, un sourire aux lèvres et sa bonne humeur toujours à la traîne.

***

Nachys commençait à se dire qu'il n'avait vraiment pas de chance. La dernière fois que Arazel avait éternué, il avait été projeté hors de sa selle et avait fait l'expérience du vol plané, ce qui, en soi, avait été une expérience plutôt intéressante, mais drôlement inconfortable. Puis, il avait découvert la gravité en tombant en piqué vers le sol, ce qu'il avait apprécié beaucoup moins. Le dragon l'avait rattrapé par le collet à peine quelques secondes avant qu'il n'embrasse le sol de façon permanente.

Après avoir exploré les déserts et les plaines de dunes de Fylagg de fond en comble, traquant des indices jusque sous le plus petit grain de poussière; examiné attentivement les champs, les pâturages et les grandes forêts de Taernäk dans ses moindres recoins de verdure ou de mousse et plongé dans la moindre étendue d'eau - mer, océan, crique ou rivière - de l'Ellgard, il volait maintenant au-dessus des larges plateaux et des chaînes de montagnes de l'Aisloën, la terre de sa sœur. Il espérait qu'elle avait eu l'intelligence de s'y réfugier si elle était dans le plan inférieur.

***

"Oups!", fit une petite voix aiguë.

Aïsha venait de glisser sur une pierre mouillée et elle ne put arrêter sa chute. Elle se retrouva plongée tête première dans l'eau glacée de la petite crique où elle avait décidé de se débarbouiller un peu.

Elle éclata de rire, mais elle se rendit vite compte que l'eau profitait de l'occasion pour entrer par sa bouche et essayer de la noyer. Elle recracha l'eau claire, mais éclata de rire à nouveau en constatant qu'elle ne savait pas du tout nager.

***

Le dieu de la Guerre faillit faire un arrêt cardiaque en reconnaissant la petite forme blanche familière flotter au milieu d'une petite crique. Il arracha ses bottes et les abandonnant sur la berge, il se jeta à l'eau.

"Je l'ai retrouvée!", cria-t-il à l'attention de Listo, restée dans le plan divin pour superviser les opérations. Il nagea jusqu'à Aïsha et la ramena sur la terre ferme.

Il la secoua un peu, mais elle ne réagit pas. Il la coucha sur le côté et lui asséna une grande claque dans le dos. La jeune déesse ouvrit grand les yeux.

"Tu vas bien?", demanda Nachys, une toute petite pointe d'inquiétude dans la voix.

Aïsha toussa et recracha un filet d'eau.

"Si tu savais tout ce que j'ai dû endurer!", s'exclama-t-elle, l'air plus heureux que consterné.

"Tu me raconteras ça en route…"

Il remit ses bottes, puis l'aida à se relever et la guida jusqu'à la forme endormie de Arazel. Il donna un coup de pied dans la patte avant du dragon, ce qui lui valu de passer à un cheveu d'être grillé sur place par un jet d'acide.

"Désolé Nachys!", s'exclama le dragon en soulevant ses larges paupières. "On part?

— Ouais, on part", marmonna le jeune dieu en aidant sa sœur à se mettre en selle.

Il s'installa derrière elle.

"Tu veux que je te raconte ce qui m'est arrivé?", demanda Aïsha.

"Non", répliqua sèchement son frère.

"D'abord", commença la déesse, "j'ai découvert que la bave de limace avait vraiment d'étonnantes propriétés d'absorption, alors j'ai essayé de la mélanger à des feuilles de pâquerettes et à du souffre, juste pour voir quel genre d'effets ça pourrait bien donner, mais j'ai dû faire de mauvais calculs de dosage, alors j'ai comme fait un peu exploser le tout… Mais tu sais, c'était vraiment chouette, parce que j'ai vraiment pensé que j'allais mourir, ce qui était une sensation plutôt étrange! Un peu à mi-chemin entre un chatouillement désagréable et une envie de vomir… En tout cas, c'était vraiment spécial! Et quand j'ai repris mes esprits, je me suis retrouvée dans cet endroit vraiment, mais alors là vraiment vraiment trop bizarre! Ça m'a pris un moment avant de réaliser que j'étais dans le plan inférieur… J'ai rencontré plein de personnes vraiment étranges tu sais! Il y avait…"

Nachys soupira. Il avait vraiment envie de la faire tomber en bas du dragon juste pour ne plus l'entendre déblatérer sur son expérience dans le plan inférieur. Il décida de faire entorse à la règle selon laquelle les dieux ne devaient pas utiliser leurs pouvoirs dans la dimension des mortels, parce qu'il ne pouvait vraiment plus supporter la petite voix haute perchée de sa sœur. D'un claquement de doigts discret, il fit apparaître des bouchons dans ses oreilles et il espéra que dès qu'elle serait de retour dans le plan divin, Aïsha oublierait de lui raconter la suite de son histoire.

(no subject)

Date: 2007-03-06 03:15 pm (UTC)
From: [identity profile] flo-nelja.livejournal.com
Ouarf, tes dieux sont absolument terribles !
J'aime surtout Than'Katalin et Edere !

(no subject)

Date: 2007-03-07 08:37 pm (UTC)
From: [identity profile] modocanis.livejournal.com
Mdr!!! Quel Panthéon! Et très attachant avec ça!
Aïsha a l’air d’avoir énormément de potentiel, mais j’aime aussi les autres membres de la famille.
Ils sont tous différents, mais, en même temps ils ont tous l’air d’être des catastrophes en puissance...

Il y a énormément de choses qui m’ont fait rire, et puis, c’est une présentation originale d’un univers de Fantasy…Je n’ose imaginer le devenir des habitants de ce monde, lol!^__^

(no subject)

Date: 2007-03-07 09:38 pm (UTC)
From: [identity profile] modocanis.livejournal.com
J’aime ton humour d’antan et ton humour de maintenant!^_^

Les autres personnages ont l’air prometteurs! (j’ai un faible pour les pirates, surtout les pas très nets^^)

Profile

31_jours: (Default)
31 Jours

April 2016

S M T W T F S
      12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930

Most Popular Tags

Expand Cut Tags

No cut tags